La Possibilité d’une île – Michel Houellebecq (versión original en francés)

vendido

Estado: nuevo.

Editorial: Livre de Poche.

Precio: $000.

Comment ne pas le prendre en grippe, Michel Houellebecq ? Son nom partout en caractères d’affiche. Le « phénomène Houellebecq », le « mystère Houellebecq », l‘« événement Houellebecq » en piles serrées à faire craquer les kiosques. Son masque flou de dandy épuisé en embuscade à tous les coins de rue. Tous ces dossiers, ces couvertures, ces numéros spéciaux, indifférents à force de mimétisme. Et la biographie de Houellebecq, l’essai sur Houellebecq, le pamphlet anti-Houellebecq comme autant de métastases d’une déprimante opération de promotion en forme de piège impitoyable : comment parler du nouveau livre de Michel Houellebecq, La Possibilité d’une île, sans participer soi-même au tintamarre ?
Car il s’agit de la sortie d’un roman, même si Fayard, son éditeur, avait mis l’embargo sur le texte jusqu’à la fin de l’été, histoire d’alimenter la rumeur et d’exciter les chiens. Tel se vantait ainsi de l’avoir lu dès juillet, en raison de son « amitié avec Michel ». Tel autre arguait de ses relations avec un traducteur. Tel autre encore l’avait trouvé « par hasard » sur un banc dans un jardin public parisien. Télérama, qui ne fréquente sans doute ni les bons cocktails, ni les bons squares, ne l’a reçu qu’à la fin du mois d’août, quelques jours seulement avant sa mise en librairie. Au moment où l’indigestion de Houellebecq menaçait déjà sérieusement.
Les premières pages – autant prévenir le futur lecteur – n’arrangèrent rien, l’auteur se livrant à un festival de provocations dont il s’est fait une spécialité. Islamophobie, blagues racistes, dérapages machistes, plaisanteries graveleuses à tendance acnéique, et bien sûr attaques ad hominem – Vladimir Nabokov, « ce pseudo-poète médiocre et maniéré », Karl Lagerfeld, « un sauvage authentique », ou Michel Onfray, « l’indigent graphomane ». Bref, aux alentours de la page 50, le lecteur commence à ressentir un évident découragement face aux 400 pages qui lui restent à ingurgiter. Et il a tort. Car le ton change rapidement, comme s’il ne s’agissait que d’un gimmick de reconnaissance. Un tour de piste pour chauffer la salle. Une fois le livre refermé, l’impression est toute différente. La Possibilité d’une île est un texte passionnant. Discutable, ô combien, révoltant souvent, mais incontestablement ambitieux, âpre et drôle, malgré la noirceur de son propos, témoin aigu des mensonges de l’époque et de la décomposition sociale et morale de notre civilisation.
Au centre du livre, il y a donc Daniel, un clown triste et gris typiquement houellebecquien, un cousin du Bruno des Particules élémentaires, personnage morose perdu dans une course effrénée au plaisir sexuel, ou du Michel de Plateforme, éternel ado célibataire, égocentrique et parfaitement désabusé. Un individu moyen, au physique ordinaire, cynique et amer, nourrissant son universelle détestation (les « pétasses », les enfants, les ouvriers, les Arabes, les SDF) d’une irréductible haine de soi.
Comique en vogue, tendance post-desprogienne, Daniel est un bouffon doté de cet humour à la hache et du sens de la provocation qui ont fait le succès de son créateur. « Finalement, le plus grand bénéfice du métier d’humoriste […], c’est de pouvoir se comporter comme un salaud en toute impunité, et même de pouvoir grassement rentabiliser son abjection, en succès sexuels comme en numéraire, le tout avec l’approbation générale. » Belle franchise qui permet à Houellebecq quelques clins d’oeil appuyés à son propre parcours : ses audaces calibrées – sur l’islam, la prostitution ou l’inceste – ou son art de passer des pages Spectacles aux rubriques Justice-Société. « L’ensemble de ma carrière et de ma fortune, explique ainsi Daniel, je l’avais bâti sur l’exploitation commerciale des mauvais instincts, sur cette attirance absurde de l’Occident pour le cynisme et pour le mal. »
Provocation, encore une fois. Mais pas seulement. Car le rôle du bouffon est aussi de dire la vérité, surtout si elle fâche. Dans La Possibilité d’une île, Daniel est le premier d’une longue lignée, chargé d’écrire un « récit de vie » qui servira à nourrir la mémoire des nombreux clones qui vont lui succéder. Car ce texte est aussi un roman de science-fiction, qui postule la réussite technique du clonage et alterne ainsi le récit de Daniel1 avec les commentaires, deux mille ans plus tard, de ses lointains successeurs, Daniel24 et 25. Habile façon de prendre de la distance avec cette société, la nôtre, que Houellebecq désosse impitoyablement, en bon anar de droite qu’il est certainement, mais aussi en moraliste marqué par le pessimisme de Schopenhauer, qu’il cite abondamment.
Culte de l’argent-roi, individualisme forcené, égoïsme généralisé, irresponsabilité revendiquée, peur de l’amour, « ce sentiment d’exclusivité, de dépendance », recherche éperdue de la jouissance immédiate, mirage de la jeunesse éternelle, déni de la mort, c’est l’effondrement d’une civilisation que constate Houellebecq. Ce qu’Isabelle, compagne de Daniel1 et rédactrice en chef d’un magazine destiné aux jeunes femmes, traduit avec une désarmante sincérité et un beau cynisme : « Ce que nous essayons de créer c’est une humanité factice, frivole, qui ne sera plus jamais accessible au sérieux ni à l’humour, qui vivra jusqu’à sa mort dans une quête de plus en plus désespérée du fun et du sexe ; une génération de kids définitifs. »
Dans une telle société, pas de place pour les vieux, abandonnés à leur solitude, à la dégradation de leur corps, « parqués dans des mouroirs ignobles » ou décimés, dans l’indifférence générale, par les canicules estivales. « Seul un pays authentiquement moderne était capable de traiter les vieillards comme de purs déchets », ironise Daniel24.
Mais s’agit-il seulement d’ironie ? Dans une scène centrale où le héros discute cinéma avec Esther, sa nouvelle compagne, Houellebecq ne prend-il pas parti pour Michael Haneke contre Larry Clark ? Pour le cinéaste autrichien, « douloureux et moral », qui montre la violence des jeunes pour mieux en extirper les racines et la dénoncer, comme dans Benny’s Video. Contre Larry Clark, le réalisateur d’art et essai new-yorkais, dont le travail ambigu et complaisant se perd dans la fascination pour les ados les plus dégénérés.
Alors moraliste, Houellebecq ? Sans doute, même si l’utopiste postmoderne, antihumaniste des Particules élémentaires revient avec ses rêves scientistes d’homme génétiquement bricolé, « libéré » de la souffrance d’aimer, de vieillir et bien sûr de mourir. Au début du cinquième millénaire, après le succès des élohimites, une secte qui ressemble beaucoup à celle des raëliens et a réussi à cloner l’homme, les néohumains Daniel24 et 25 vivent tranquillement l’éternité. En apparence, du moins, car Houellebecq ne se fait guère d’illusions : la planète est dévastée par les guerres qui ont mis fin au règne des hommes, les accidents nucléaires et les changements climatiques. Quelques hordes d’anciens humains, retournés à la barbarie et au cannibalisme, errent encore çà et là. Quant aux hommes nouveaux, débarrassés du rire et des larmes, de l’amour et du désir, sans contact, sinon virtuel, avec les autres, de plus en plus nostalgiques de ce qu’ont vécu leurs lointains « ancêtres », ils mènent une existence « plate et grise», une « vie calme et sans joie » qu’ils quittent sans regret à l’âge de 50 ans. En se suicidant.
Organisé autour du « récit de vie » de Daniel1, « central et canonique », chapitré à la manière des Psaumes ou des Evangiles, « Daniel1, 17 » ou « Daniel25, 8 », le roman de Michel Houellebecq distille pourtant un infime espoir qui lui donne, malgré ses contradictions, la dimension d’une quête mystique. Celle d’un monde, si restreint soit-il, où l’espérance et l’amour pourraient encore trouver une place. La possibilité d’une île.
Iggy Pop et Michel Houellebecq : rencontre
L’un écrit des livres et a sorti un disque. L’autre sort des disques, mais sa vie est un roman. Le prochain album d’Iggy Pop est ouvertement influencé par l’écriture de Michel Houellebecq. Depuis le temps qu’ils s’admirent, il fallait qu’ils se rencontrent. Et parlent de leurs chiens. Tout l’été retrouvez les entretiens coups de coeur de l’année!
Il y a très exactement neuf ans, dans la semaine du 25 avril 2000, ce magazine offrait la une de son numéro 240 à Michel Houellebecq, sous le titre “Houellebecq rock-star ? ». L’écrivain (et rock-critic à l’occasion) venait d’enregistrer un album de poèmes mis en musique. Dans l’entretien, il déclarait notamment : “J’ai très bien marché aux mythes forts du rock, je ne me vois pas discuter avec Iggy Pop ou Lou Reed. J’imagine bien qu’Iggy Pop existe en vrai, mais je n’arrive pas à me faire à l’idée qu’il est réel.”
Neuf ans plus tard, Michel Houellebecq et Iggy Pop se rencontrent pour la première fois dans un bar d’hôtel parisien, pour l’entretien croisé qui suit. Tout est devenu possible, grâce à La Possibilité d’une île, le dernier roman de Houellebecq. Quand l’info a commencé à circuler, on a d’abord cru à un canular : Iggy Pop (rock-star sans point d’interrogation) s’apprêtait à sortir Preliminaires, un nouvel album inspiré par La Possibilité d’une île. Plus précisément : Iggy Pop a d’abord été sollicité pour composer la musique d’un documentaire sur le tournage de La Possibilité d’une île, le film. Un an plus tôt, Iggy Pop avait lu et aimé le roman. Du coup, il a poussé l’exploration de l’île jusqu’à l’enregistrement d’un album complet. Qu’Iggy Pop ait aimé La Possibilité d’une île, c’est assez fatal : il y a quarante ans, sur la première face de son premier album avec les Stooges, il enchaînait I Wanna Be Your DogWe Will Fall et No Fun – des formules qui sonnent aujourd’hui comme des prophéties de titres de chapitres houellebecquiens. En retour, le premier album des Stooges a profondément marqué Michel Houellebecq.
Entre l’humain las Michel Houellebecq et l’éternel rock’n’roll animal Iggy Pop, le courant est passé – même si le voltage est incertain. Ils ne se ressemblent pas, non. Mais chacun s’est retrouvé dans l’œuvre de l’autre, au bord de l’amer. Pendant que Houellebecq tournait son film sur les rivages volcaniques de Lanzarote, Iggy Pop était peut-être en face, dorant son corps d’iguane au soleil de Miami (où il vit). Deux artistes insulaires et exigeants, préoccupés par les correspondances entre l’art et la vie, le dépassement de soi, et le bonheur des chiens.
Michel, comment te sens-tu face à Iggy Pop ?
Michel Houellebecq – C’est une expérience étrange et totalement heureuse. Je prends une bière avec Iggy, il a fait cet album inspiré par mon livre… Je l’ai découvert quand j’avais 15 ans, en achetant 1969 des Stooges. A cet âge-là, les adultes, c’est un autre monde. Et s’ils sont célèbres, comme les rock-stars, on ne peut même pas imaginer de les rencontrer. C’est très étrange, mais il m’est arrivé quelque chose d’encore plus étrange. J’ai reçu un email de Nikita Mandryka, un auteur de bandes-dessinées dont je lisais les livres quand j’avais 8 ans (dessinateur de la série Le Concombre masqué). Pour moi, ce homme n’existait pas, il était quelque part, je ne sais pas où. Il m’a fallut trois emails pour que je me persuade qu’il était le vrai Mandryka. C’est un peu la même chose avec Iggy Pop.
Que représente-il pour toi ?
Un des chocs esthétiques de ma vie. Rencontrer Iggy, c’est comme si je rencontrais Baudelaire ou Dostoievski, mes découvertes de ces années-là. 1969 fut une expérience définitive. Je me souviens très bien du magasin où j’ai acheté le disque, c’était à Meaux. Je me souviens de ce moment précis, quand le type a mis le disque sur la platine et que je l’ai écouté au casque. Le plus profond, c’est la proximité que j’ai éprouvée, plus que l’admiration. Ce n’était pas 1969 mais 1973. Ce n’était pas “all across the USA” mais c’était la France. C’était “Another year for me and you, another year and nothing to do”… Je n’avais pas 21 ans mais 15 ans… C’est comme si j’avais pu écrire cette chanson. C’est ce qu’on cherche dans l’art, fondamentalement : quelque chose qui exprime notre expérience de la vie.
Une des chansons des Stooges, qui est devenu un slogan, s’appelait No Fun. T’es-tu identifié à ces deux mots ?
Oui, mais c’est difficile de parler de ces choses. Je m’identifie aussi à I Wanna Be Your Dog, j’ai des sentiments profonds pour les chiens… Je me souviens de plein de chansons, mais le premier moment est le plus important, je le garderai jusqu’à la fin de mes jours.
Iggy, comment as-tu découvert Michel Houellebecq et La Possibilité d’une île ?
Iggy Pop – C’est le seul livre de lui que j’ai lu pour l’instant. J’étais tombé sur un article qui m’avait donné envie de le lire. J’ai d’abord lu quelques poèmes traduits, qui m’ont intrigué. J’aime la façon dont j’ai acheté le livre. Je m’apprêtais à partir en tournée, je savais que j’allais avoir quelques jours off en France. A Miami, j’ai donc commandé le livre avant de partir, en traduction anglaise. Je l’ai mis dans mes bagages, avec l’idée de le lire en France. Je me suis retrouvé quelques jours dans cette ville de Normandie où il y a un casino, dans l’hôtel où Proust a vécu, Cabourg je crois. Pendant trois ou quatre jours, j’ai vécu avec le livre. Je me sentais mieux après l’avoir lu, à certains passages, je me disais “ah, toi aussi !”. Je me suis amusé, j’ai été intéressé et impressionné. Ce fut une bonne lecture, voilà tout. Après j’ai rangé le livre, et environ un an plus tard, j’ai été contacté par Erik Lieshout, qui voulait de la musique pour son film. Il ne savait pas que j’avais lu et aimé le livre. J’étais très heureux. A ce moment, je cherchais à faire quelque chose seul, sans groupe. Ça tombait très bien. Je suis devenu assez obsédé par ce projet. J’aurais pu me contenter de leur donner deux chansons en acoustique, tout le monde aurait été content, et j’aurais gagné plus d’argent ! Mais je me suis investi dans le projet, j’avais plein d’idées.
As-tu relu le livre pour préparer l’album ?
Non, j’ai cherché dans mes souvenirs, dans les passages qui ont eu un impact émotionnel immédiat sur moi. Il y avait le passage où le héros passe un mauvais moment avec sa femme et sa copine en Espagne, poum, une chanson. Il y avait le personnage du chien, poum, une chanson. La marche sur la plage, poum, une chanson. J’ai tout fait à l’instinct. La chanson du chien, c’est parce que j’avais vu des images du documentaire où Michel auditionnait des chiens. C’est ce que j’ai vu de mieux dans le documentaire. C’était drôle. Il y avait plus de vie dans le casting des chiens qu’avec les acteurs.
Michel, quand tu écrivais ton roman, écoutais-tu de la musique, avais-tu de la musique en tête ?
Michel Houellebecq – Non, pas vraiment. A part le début de la Messe en si de Bach, c’est une pièce très douloureuse, immédiatement tragique, sur l’agonie du Christ.
Iggy, est-ce que la littérature a toujours été une source d’inspiration pour toi ?
Iggy Pop – Oh oui, j’ai toujours eu un ou deux livres autour de moi, que ce soit William Burroughs ou Ginsberg. Même la lecture d’un magazine merdique peut m’être utile. Le simple fait de lire, les mots en général, c’est important. L’échange entre les mots et soi, ça crée une bulle agréable, c’est à ce moment que naît la musique intime, dans la tête. Celle qui vous protège de la musique extérieure, des idées communes. Les livres sont moins exigeants que les disques, dans un sens. Un livre, c’est comme une guitare acoustique. Je n’aime pas lire sur un écran, j’aime l’objet livre, sa forme. On peut le mettre dans la poche, on peut le poser près de soi, je peux lire en étant bourré… C’est un objet personnel. Alors que la musique me demande de l’énergie. Surtout avec le rock, qui m’attrape et ne me lâche pas. J’en suis à ce point dans ma vie où j’ai besoin d’être réveillé depuis au moins deux heures avant de pouvoir écouter de la musique énergique. Les livres sont moins exigeants, même si ils demandent plus d’attention.
Michel Houellebecq – La musique peut être plus énergisante. Je sais que je lirai jusqu’à la mort, parce que c’est facile, on peut être paralysé et continuer à lire, à y trouver du plaisir. La musique est plus physique. Et parfois, je veux me sentir vivant, sentir que grâce à la musique mon esprit et mon corps vont dans la même direction. La musique est à la fois émotionnelle et physique. J’utilise beaucoup Iggy dans ma vie : je mets un disque de lui, je commence à bouger et je me sens vivant. Alors que la lecture, c’est quelque chose qu’on peut pratiquer à l’agonie, ce n’est pas un signe de vitalité. La musique, même quand elle est désespérée et douloureuse, est un signe de vitalité. L’exception, c’est la dernière période de Liszt, c’est si triste, si proche de la mort, et si facile à approcher. C’est la musique de l’agonie.
Iggy, il y a beaucoup de blues dans ton disque. Dirais-tu qu’il y en a dans le roman de Michel ?
Iggy Pop – Si tu le penses, je ne dirai pas le contraire. Quand tu écoutes une chanson de Muddy Waters, il y a ces choses qui disent “ça ne va pas plaire à tout le monde, mais c’est pourtant comme ça”. Il y a une rébellion du langage : je prends la parole, j’ai quelque chose à vous dire et je me fous de ce qu’on en pensera. Je vois ça dans le livre, oui. Je l’ai relu dans un avion et certains passages qui parlent des relations entre les parents et leurs enfants… L’idée qu’on est esclave de ces petites merdes… Ouah, yeah ! (Il éclate de rire)
Michel Houellebecq – Je comprends que mon livre puisse faire rire.
Iggy Pop – Mais ma première réaction n’était pas le rire, c’était “ouais, quelqu’un parle pour moi ici !” Et la seconde réaction, c’était la réflexion : est-ce que ce que je lis est juste ? Est-ce que j’ai envie que ce soit juste ?
Michel Houellebecq – Tu as dis quelque chose de très important :“quelqu’un parle pour moi”. C’est exactement ce que j’ai ressenti avec1969 : quelqu’un parle pour moi, et c’est beau, ça prouve que je ne suis pas une merde. Ça exprime ce que je ressens d’une belle manière, ça prouve que je ne suis pas rien, tel que je suis. Quelqu’un parle pour moi, et il est célèbre. C’est très important pour rester en vie, ne pas mourir avec ses sentiments. L’art est fait pour ça : sentir que quelqu’un parle pour soi, qu’on n’est pas rien.
Iggy, tu as dit que ton personnage préféré dans le livre était le chien…
Iggy Pop – Ça m’est encore arrivé en relisant le livre : en fait il y a trois chiens, et j’ai trois chiens. Et à chaque fois que le chien meurt dans le livre, je suis ému. Ça fait écho à ma vie. J’ai eu un chien au Mexique, un bâtard, on a vécu ensemble quelques années. Mais j’étais de plus en plus occupé, et il était trop gros pour prendre l’avion. J’ai fini par le laisser en pension, en lui rendant visite, c’était mieux que rien. Aujourd’hui, j’ai trois chiens, parce que ma femme voulait des chiens. Au départ, j’étais très jaloux de cette intrusion. Puis je suis devenu très proche de l’un des trois, qui me rappelait mon ancien chien. C’est un bon chien. Je le sais parce qu’il fait des efforts pour être un bon membre de la famille. Il aime nous voir ensemble, ça le rend heureux.
Michel Houellebecq – C’est aussi ce que j’ai ressenti quand mon chien est arrivé. Il avait trois mois, il était dans sa petite boîte pendant environ deux heures avant d’en sortir. Je lui ai donné des petites tapes et je crois qu’il a compris très vite quels humains il devait aimer. Et il l’a fait. C’était un moment étrange. Je l’ai vu comme une mission. Il avait la mission de rendre ces gens heureux, de les aimer. Et il le fait. C’est incroyable, qu’il le fasse. C’est une source de joie pure, parfaite.
Iggy, tu chantais I Wanna Be Your Dog avec les Stooges. L’un et l’autre, préfèreriez-vous parfois être des chiens ?
Iggy Pop – Je ne peux pas dire dire ça. Et toi, Michel ?
Michel Houellebecq – Je sais parfaitement que c’est impossible. Mais dans la chanson King Of Dogs, tu parles de ça, non ?
Iggy Pop – Oui, mais d’une manière objective. Quand j’avais 13, 14 ans, je vivais avec une chatte. J’avais des boutons, je ne connaissais rien aux relations sexuelles, je n’avais pas l’âge de conduire une voiture, j’étais obligé d’aller à l’école… Bref, je me sentais totalement merdique. Et dès le printemps, je voyais ma chatte qui se roulait par terre en prenant le soleil. Je me disais qu’elle avait une vie plus plaisante que moi, elle devait se sentir vraiment bien quand elle se roulait par terre. Je pense parfois à ça. Objectivement, il doit y avoir pas mal d’avantages à être d’une autre espèce que la notre. Evidemment, il n’y a pas que des avantages, ils ont besoin des hommes pour leur ouvrir les portes.
Michel Houellebecq – Oh là là, ça me rappelle les six premiers mois de mon chien. Je vivais dans une maison où il y avait beaucoup de portes. Quand mon chien avait besoin de sortir, il n’aboyait pas, il pouvait attendre pendant des heures derrière une porte. Je le cherchais, je poussais les différentes portes et je finissais par le trouver. C’était très émouvant. Puis il a appris à aboyer. Ça change la conception de la vie, quand on a un chien. Ça serait presque le sujet d’un livre : comment un chien affecte la conception de la vie.
En dehors du roman, qu’évoquent pour vous les mots “la possibilité d’une île” ?
Iggy Pop – Un bel endroit, débarrassé de tous les problèmes. Ou bien un endroit où mes problèmes sont liés à mes envies, et sont assouvis. Un endroit où j’ai tout ce que je veux, où je suis satisfait. Il y a des moments où je suis sur cette île. Dans les cinq à dix dernières années de ma vie, depuis que je vis à Miami, j’ai connu des moments comme ça, d’exaltation. Quand je peux aller me baigner dans l’océan aux moments où j’en ai envie. Et puis des moments d’épanouissement sexuel et de temps libre. Je suis en train de perdre ça en ce moment, les choses vont un peu trop bien pour moi, ça apporte des responsabilités. Je prends un peu ici, un peu là. Dans le livre de Michel, je suis touché par cette idée qu’il faut revoir ses exigences de vie à la baisse. Petit à petit, le Daniel de la fin se contente de ce qu’il a, et il abandonne l’idée d’avoir plus. Il sait qu’il ne sera pas vraiment heureux, mais ça va aller comme ça. Ces néo-humains au bonheur modéré, toute la question de ce qui fait le bonheur, c’est quelque chose que je comprends vraiment. Quand la maison est rangée, que tout est en ordre dans ma vie, je suis content. En plus, je sais que par rapport à la plupart des gens, je fais partie des privilégiés, gâté par la vie, après tout. Mais c’est difficile, parce que quand tu arrives à un certain âge, les gens commencent à mourir autour de toi. D’abord les parents, puis des gens avec qui tu as grandi. Tu reçois un coup de fil qui dit “devine qui est mort ?”
Et toi Michel, as-tu atteint l’île ?
Michel Houellebecq –Non. Absolument pas. Je suis très anxieux à propos de tout. C’est un peu pervers d’écrire des livres. Le fait d’avoir écrit un bon roman m’a rendu heureux. Mais ce n’est presque rien, on oublie vite la raison initiale qui nous a rendus heureux. Après l’écriture de La Possibilité d’une île, j’étais heureux, je savais que c’était un bon livre. La bonne idée aurait été de mourir à ce moment-là. Ensuite, j’ai eu des problèmes. Je ne suis pas en paix avec la vie, pas du tout. Et c’est vrai qu’après un certain temps, on apprend à ne recevoir que des nouvelles de gens qui meurent. C’est vrai que les gens meurent, ils ne résistent pas.
Iggy Pop, avec son corps de danseur et de super-héros, incarne une puissance physique. Est-ce quelque chose que tu envies ?
Michel Houellebecq – Je n’ai pas exactement cette image de lui, celle de la musculation. Je me souviens d’une très bonne interview d’Iggy, dans les années 70, j’avais 18 ans. Il racontait qu’il avait joué devant des étudiants vêtu d’une robe de femme enceinte, et il se demandait si ce public de merdeux cool allait pouvoir encaisser ça, s’ils le supporteraient… Ça a été un exemple pour moi : quand je suis monté sur scène, pour lire des poèmes, c’était avec le sentiment que les gens ne pourraient pas supporter ce que j’allais leur dire, je savais que je n’étais pas là pour être aimé. A travers les disques et plusieurs bonnes interviews d’Iggy, j’ai appris que parfois, il faut être là pour la détestation. Il faut trouver cette force, c’est un besoin.
Sur quoi travailles-tu en ce moment ?
Michel Houellebecq – A peu près rien, je suis dans une mauvaise période. C’est pourquoi je suis particulièrement heureux que le disque d’Iggy existe. Dans une mauvaise période, c’est comme un cadeau de Noël. C’est inattendu, et immérité. Le disque est formidable, il me conforte dans l’idée que le livre était bon. Une de mes personnes préférées dans le rock fait un très beau disque d’après un de mes livres préférés : c’est un rêve paradisiaque pour moi, je ne pouvais pas espérer que ça se produise. Je ne peux que le répéter très bêtement : je suis très heureux que tout cela soit arrivé.

ENTREGA A DOMICILIO (OPCIONAL – CAP. FED.) $50.

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